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LUTAJUCI / Errances balkaniques

Histoires, sons et images des Balkans.

Publications

Grandeur et décadence du delta danubien: Récit d’une excursion à Sulina

Les deltas sont des espaces géographiques qui ont quelque chose de particulier, comme les immenses métropoles ou la campagne bucolique, ils évoquent tout autant des souvenirs que des ambiances ou des références culturelles. Le delta évoque, pour ma part, une impression de lieu à part, isolé du monde par sa géographie, mais aussi par sonLire la suite « Grandeur et décadence du delta danubien: Récit d’une excursion à Sulina »

Retour sur l’ère Ceausescu en trois archives vidéos

Pour continuer notre exploration de l’ère Ceausescu, entamée par la poésie ou l’architecture, utilisons aujourd’hui un autre médium, la vidéo. Les trois extraits choisis vont nous faire explorer différentes facettes du régime, avec des images d’archives, de propagande même pour deux d’entre elles. Elles sont extraites du documentaire « Autobiographie de Nicolae Ceaucescu » deLire la suite « Retour sur l’ère Ceausescu en trois archives vidéos »

Balade photographique dans le vieux Bucarest

« A force de parcourir, chaque jour de l’été 1975, les rues et les maisons de la ville torride, j’ai fini par la connaître bien, je savais ses secrets et ses turpitudes, sa gloire et sa candeur. Bucarest, avais-je compris à dix-neuf ans, quand j’avais déjà tout lu, n’était pas comme d’autres villes qui s’étaient développéesLire la suite « Balade photographique dans le vieux Bucarest »

La « Maison du Peuple », creuset de la fierté et des souffrances de Bucarest

Qu’il soit nommé « Maison du Peuple », ou « Palais du Parlement », ce bâtiment gigantesque symbolisant l’ère Ceausescu est incontournable. Incontournable littéralement par l’espace physique qu’il occupe dans la ville, ensuite par la place qu’il a progressivement prise comme symbole de Bucarest. C’est un lieu d’étonnement et d’émerveillement certain, par sa taille hors-normeLire la suite « La « Maison du Peuple », creuset de la fierté et des souffrances de Bucarest »

Skopje: Du joyau brutaliste au Disneyland nationaliste.

Skopje est une ville que je connais peu. Je ne suis pas resté assez longtemps pour en découvrir l’ambiance profonde ou ses habitants. En revanche, j’ai pu apprécier l’architecture, et mon impression est partagée, c’est le moins que l’on puisse dire. Au cours de son histoire récente, la ville va connaître deux transformations très brutales.Lire la suite « Skopje: Du joyau brutaliste au Disneyland nationaliste. »

Staro Sajmište: un camp de concentration oublié à Belgrade.

Faire de l’urbex est une passion qui consiste à visiter des lieux abandonnés. Le plus souvent, il s’agit de vestiges industriels plus ou moins impressionnants, comportant une charge émotionnelle certaine, pour peu que l’on se laisse porter par l’endroit et les fantômes qui l’habitent. D’autres lieux sont parfois chargés d’une histoire et d’une aura terrible,Lire la suite « Staro Sajmište: un camp de concentration oublié à Belgrade. »

« Pravda za Davida », Chronique d’une révolte en Republik Srpska.

Le 5 octobre 2018 se déroulait la plus grande manifestation jamais tenue depuis la guerre en Republik Srpska, à Banja Luka (la capitale de l’entité), sur la place Krajina. De 40 000 à 50 000 personnes y réclamaient alors une seule chose, « Pravda za Davida », c’est-à-dire « La justice pour David ». AlorsLire la suite « « Pravda za Davida », Chronique d’une révolte en Republik Srpska. »

« Juka » le gangster-patriote, défenseur de Sarajevo.

Retour sur une figure controversée et oubliée de la guerre de Bosnie. « Juka », c’est le nom que s’est donné Jusuf Prazina, et qui deviendra célèbre lors du siège de Sarajevo, lorsque lui-même et ses hommes se battaient avec acharnement pour défendre la ville contre les forces serbes. Cet homme était alors au zénithLire la suite « « Juka » le gangster-patriote, défenseur de Sarajevo. »

13 commentaires sur « Accueil »

  1. Ce ne sont pas des commentaires, seulement quelques souvenirs de cette merveilleuse Bosnie mais dans ses années noires (92 -97). Si cela vous intéresse, j’en ai encore quelques-uns, aussi courts.

    1 – Une bonne mine.
    C’était un mauvais jour, de retour de Zavidovići et de Žepče sur la route de Zenica, du côté de Nemila. J’étais seul dans mon gros 4×4, parti tôt le matin, bien travaillé toute la matinée et presque rien mangé à midi : le moral dans les chaussettes comme on dit.
    J’étais avec mes idées noires et seulement préoccupé par l’état de la route, quand tout à coup, stop, un gars sorti comme un polichinelle du bas-côté, se jette littéralement sous mes roues. Il a une kalachnikov sous le bras et en un tour de main il me pousse une mine devant le pneu avant gauche et une autre derrière l’arrière gauche. Pas un mot, quelques gestes mais j’ai tout compris : il faut arrêter le moteur, attendre sans bouger et surtout silence radio. J’ai tout de suite pensé que ce gars avait eu le courage en me voyant passer le matin, de se planquer dans le fossé avec ses engins de mort et d’attendre mon éventuel retour.
    L’endroit est désert, mon bonhomme a disparu sur le bas-côté mais j’ai l’impression qu’ils sont nombreux autour. Et là commence une attente qui m’a paru très longue. En fait, je n’en sais rien : en ces temps un peu perturbé, j’avais décidé que le temps ne m’était pas compté et que donc je n’avais pas besoin de montre !
    En fait j’avais laissé tourner le moteur, mais j’évitais de regarder à droite à gauche car il me semblait que ça faisait trop espion (idiot !). Optimiste je me disais que la seule chose qui pouvait les intéresser, c’était la voiture. En fait je me demandais bien pourquoi ils ne se décidaient pas plus vite.
    Tout à coup, mon bonhomme (le même) se précipite à l’avant, donne un coup de pied dans la mine de devant, et avec un bon coup de poing sur le capot il me hurle dans les oreilles de partir… et c’est maintenant que l’histoire commence vraiment : le 4×4 que j’avais pris ce matin n’était pas mon Toyota habituel, et la grille des vitesses n’était pas la même, au lieu de passer la première, j’avais enclencher la marche arrière ; ça a duré une fraction de secondes, un frémissement dans la carlingue, un hurlement de bête enragé de mon gars, un craquement dans la boite à vitesse et la voiture a bondi en avant comme dans une course du Mans.
    Tout mon dos, des fesses à la nuque, était dur comme de la pierre, et je ne me rappelle pas du reste du retour, j’avais mal au crane. On n’a pas le temps d’avoir peur, on sait seulement qu’on y est passé tout près (tous les deux !). Pourquoi m’ont-ils laissé partir ? Je pense que c’était inespéré mais c’est ça qui m’a perturbé et c’est ce qui a failli nous coûter cher, très cher.

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      1. non, bonjour Theo, voici un deuxième souvenir :

        2 – Le vol du bourdon.

        Mais qu’est-ce que je pouvais bien faire par une si fraîche matinée sur le terrain de Butmir* ?

        Je ne sais pas, mais ce grand hall me déprimait et j’avais donc décidé d’aller prendre l’air. Il faisait frais et le silence dehors était propice à la rêverie. La guerre n’était pas facile à vivre et j’avais peut-être l’impression ainsi, tout seul, d’être plus tranquille.

        Je ne sais pas ce qui m’a réveillé tout à coup mais c’est vrai que j’avais entendu depuis un moment un insecte ! Un insecte quand sa propre respiration fait un tel nuage de vapeur ! Au troisième bourdonnement : tilt, j’ai compris, mais pas un petit  » eurêka j’ai compris ”, un véritable coup de fouet qui m’a renvoyé haletant et un peu penaud dans le hall de l’aérodrome.

        Alors voilà c’est simple : en zone découverte, sans écho, avec des bruits plus ou moins loin de guerre, quand la température est fraîche et bien il faut se méfier du vol du bourdon. En fait je n’ai jamais entendu un bourdon volé mais j’ai imaginé que c’était comme une abeille en plus fort, un peu comme une balle perdue de salopard de sniper.

        *aérodrome de Sarajevo

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  2. Non, je n’étais pas journaliste … Voici donc une autre « anecdote ».

    2-Le vol du bourdon.

    Mais qu’est-ce que je pouvais bien faire par une si fraîche matinée sur le terrain de Butmir* ?

    Je ne sais pas, mais ce grand hall me déprimait et j’avais donc décidé d’aller prendre l’air. Il faisait frais et le silence dehors était propice à la rêverie. La guerre n’était pas facile à vivre et j’avais peut-être l’impression ainsi, tout seul, d’être plus tranquille.

    Je ne sais pas ce qui m’a réveillé tout à coup mais c’est vrai que j’avais entendu depuis un moment un insecte ! Un insecte quand sa propre respiration fait un tel nuage de vapeur ! Au troisième bourdonnement : tilt, j’ai compris, mais pas un petit  » eurêka j’ai compris ”, un véritable coup de fouet qui m’a renvoyé haletant et un peu penaud dans le hall de l’aérodrome.

    Alors voilà c’est simple : en zone découverte, sans écho, avec des bruits plus ou moins loin de guerre, quand la température est fraîche et bien il faut se méfier du vol du bourdon. En fait je n’ai jamais entendu un bourdon volé mais j’ai imaginé que c’était comme une abeille en plus fort, un peu comme une balle perdue de salopard de sniper.

    *aérodrome de Sarajevo

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  3. Souvenir, souvenir, encore un petit souvenir :

    Souvenirs – 3 – Un bon café.

    Oui, c’était un bon café. Ce genre d’établissement dont on se passe l’adresse de bouche à oreille : il a du vrai café ! C’était du côté de Kovaći*.

    On est donc monté un soir après la tombée de la nuit. Il y avait déjà plusieurs habitués qui sirotaient leurs cafés. L’ambiance était un peu irréelle, une faible lueur (la lune, peut-être?), tout le monde murmurait comme si chacun avait peur de réveiller on ne sait quel monstre. Le patron semblait heureux de sa soirée et il décide tout à coup d’allumer deux-trois ampoules-12v pour « l’ambiance ». Le pauvre : trois minutes après, une vitre éclate derrière nous et la « pluie » commence. Tout le monde est parti (comme les moineaux de l’arbre), les charognards n’ont touché personne mais je ne suis pas sûr que le patron ait rouvert par la suite.

    *quartier de Sarajevo, au-dessus du vieux centre Baščaršija.

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      1. Si j’étais sûr de ne pas abuser …

        Souvenirs -4- Lukovo Polje.

        C’était un dimanche matin de bonne heure à Lukovo Polje. Lukovo Polje, c’est un quartier excentré de Zenica, un endroit calme, propre, suffisamment loin du centre pour être agréable à vivre même en ces temps de guerre. C’était même de très bonne heure et la journée s’annonçait ensoleillée.
        Journée de repos donc, petit déjeuner de bonne heure, puis flâneries, visite aux voisins, lectures … Tout en rêvant à mon emploi du temps je prenais mon « café » dans la salle du restaurant qui nous abritait (en fait : un jus de chaussette lyophilisé additionné de cet espèce de plâtre qui nous servait de sucre). La salle était profonde et j’entendais derrière moi quelqu’un qui bricolait je ne sais quoi. J’étais donc les deux coudes sur la table, juste en face de la porte d’entrée, le nez dans mon bol…
        La porte s’ouvre doucement et en même temps que je vois son ombre sur la table, j’entends le bonhomme se raclait la gorge. Relevant le nez, la première chose que je vois c’est son pistolet. Il est resté peut-être trois-quatre secondes dans cette position et finalement je crois que lui comme moi, au bout du compte, on a décidé que c’était idiot. Toujours sans rien dire il s’est assis et il a partagé notre petit-déj. Finalement il est reparti avec son pistolet et, si je me souviens bien, des paquets de pâtes et de cigarettes.
        A posteriori, on essaye toujours de retrouver ce que l’on a bien pu penser pendant ces quelques secondes : en fait plein de trucs traversent l’esprit en même temps et dans le désordre – son pistolet ressemblait à un jouet, trop brillant mais je n’y connais rien – il semblait presque me le tendre – surtout ne pas éclater de rire – surtout pas de gestes brusques – il a pas l’air bien solide, il tremble on dirait … En fait au bout de quelques secondes, c’est moi qui ai baissé le nez comme si on se connaissait depuis toujours et qui lui ai demandé de s’asseoir.
        Après qu’il soit parti, mon collègue qui s’était approché entretemps, était persuadé que c’était une connaissance et il regrettait que je n’ai pas acheté ce pistolet qui était une bonne arme et surement pas chère par les temps qui court et … et, après mes explications, on a finalement choisi le parti d’en rire.

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  4. Souvenirs -5- Les démolisseurs.
    Ce n’était pas une journée à trainer au bureau, il faisait trop beau. Ma douce moitié était venue me chercher en me disant que tout était calme et qu’il fallait en profiter. Profiter, ne rien perdre, grappiller chaque minute de bonheur …c’était devenu pour la plupart d’entre nous un leitmotiv qui nous motivait pour continuer à bouger malgré l’orage métallique permanent.
    J’avais donc à cette époque, quelques pièces qui nous servaient de bureau, d’entrepôt, de salle de réunion …au 3ème étage de la tour UNIS sud (à côté de Sv Josip, la belle église avec son clocher en Sahat Kula). Ce n’était pas forcément un bon choix, ces bureaux, mais à cet étage, les vitres étaient pratiquement toutes intactes (critère de choix, si il en est l). L’autre tour était bien trop destroy. C’est sur les marches de notre tour qu’on faisait tous les matins les plus belles cueillettes de balles perdues.
    Donc, clé sous la porte et on file tranquillement. On passe devant le porche de l’église et on prend Marindvor* d’un pas toujours aussi léger. C’est en passant le long des premiers immeubles sur la gauche qu’on a tout à coup compris notre erreur : ces salopards ne se reposent jamais. En ville, on n’entend jamais le départ du coup de fusil. Il est trop loin, il y a d’autres bruits, des échos … en fait ce que l’on a entendu, c’est comme un maçon, qui pour enlever le vieux crépi de la façade, tape dedans avec un marteau pointu, un bruit sourd mais pas très fort. On en a entendu peut-être 2 ou 3 avant de réaliser, après, je l’ai prise par la main et on a couru, couru comme des dératés. Le sang qui battait dans les oreilles faisait plus de bruit, je peux vous l’assurer, que toutes les balles de ces tchetniks**.
    *Gros pâté d’immeuble de l’époque autrichienne.
    **bandits orthodoxes.

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    1. Si j’osai, je vous en proposerai bien un de plus ….

      Souvenirs -6- Une nuit sous les étoiles.
      La route avait été longue et ma petite voiture pas très vaillante. Je venais de la côte Dalmate et j’avais compris qu’il allait falloir m’arrêter. La nuit était tombée depuis une bonne demie heure quand j’arrivais à l’entrée de Mostar*, à droite pas question de prendre la bretelle, il y avait plus de mines que de nids de poules, à gauche je ne connaissais pas trop mal la ville et surtout ses principaux check-points.
      Pas facile la nuit de discuter avec des gens qui n’avait plus l’habitude de le faire depuis longtemps. On me fait comprendre que je ne trouverai pas un lit de ce côté : OK je repars pour le check-point d’en face, à quelques centaines de mètres et là, visiblement, je n’étais pas attendu non plus ! Pas moyen de passer, demi-tour et je prends à droite, à gauche, j’éteins les phares, je les remets, je reprends par-là, marche arrière …. On attrape vite des fourmis un peu partout. J’avais vraiment l’impression que tout le monde m’entendait, me voyait et que je les emmerdais tous : je m’étais pommé et, la peur aidant, j’étais crevé. Complètement perdu, je choisis d’arrêter finalement ma voiture sur une chaussée assez large, je la mets bien au milieu, que personne ne se méprenne sur mes intentions et je compte les moutons …
      J’ai dormi. Pas un sommeil profond, mais plusieurs heures sûrement. Ce qui m’a réveillé avant l’aube c’est un bruit de chenillettes et de gros moteurs qui sifflent : un convoi de blindés tout blanc qui m’arrivait dessus. Ma voiture a démarré en 2 secondes et le temps de me ranger un peu, j’ai forcé le convoi et passé avec lui le check-point d’en face.
      En fait j’avais passé la nuit au milieu de Mostar entre les deux lignes, exactement entre les deux checkpoints principaux : inconscience, connerie, fatigue, je ne sais pas mais que celui qui, en ces temps un peu troublés, n’a jamais fauté …
      *cette ville ottomane au pont merveilleux.

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  5. Encore une histoire qui se termine bien !

    Souvenirs -7– On ne tire pas sur l’ambulance .

    Comment nous sommes-nous retrouvés sans sésame*, en plein siège ?
    Après ça, au bout de quelques jours, on a pigé que notre présence dans cet enfer devenait totalement inutile. Pas plus difficile ou dangereuse qu’avant, non, mais sans « carte bleue » tout travail était voué à l’échec ou pire.
    On avait à ce moment un petit appart très sympa dans Čobanija, en face du Théâtre National, de l’autre côté de la Miljacka. Quand je dis sympa, je ne parle pas du confort bien sûr ; de ce point de vue il était comme ses voisins, sans eau, sans chauffage, sans électricité, sans téléphone, sans …etc., (mais avec ses fenêtres !). Non, sympa de mon point de vue égoïste : la nuit, je me levais souvent pour « admirer » ce feu d’artifice permanent au-dessus de nos têtes. C’était des moments de réflexion sur cet univers kafkaïen, de douleurs aussi parce qu’on savait bien ce que provoquait chacune de ces petites lueurs au-dessus de nous. C’est bizarre mais à partir du jour où nous n’avons plus eu de CB, j’ai arrêté mes contemplations nocturnes.
    Comme beaucoup, je ne connaissais pas l’existence du tunnel. Quand j’allais à Dobrinja** pour le boulot, on comprenait bien qu’il y avait une porte de sortie de ce côté, du côté d’Igman. Ça bruissait, comme on dit. En fait il était évident que beaucoup de choses rentrait par là et que donc il y avait moyen de sortir par le même chemin. Rien que d’imaginer une course nocturne à travers la piste de l’aérodrome me donnait la chair de poule, mais il allait falloir se décider (en fait cette course a bien eu lieu des centaines de foi mais ça ressemblait plus à une course de lapins le jour de l’ouverture de la chasse !).
    Heureusement, je trouve enfin un contact du côté d’un détachement sanitaire norvégien, je saute sur l’occasion et, tout heureux, j’échafaude avec eux notre  «évacuation » : simple, enfantin, on se donne rendez-vous pour le surlendemain dans la matinée, on montera dans un blindé ambulance et on restera sagement sur le plancher, en espérant qu’aucun tchetnik n’aura l’idée de visiter le véhicule blanc de l’ONU…
    En attendant le départ, on a passé ces quelques heures à visiter les amis (nombreux), la famille (ce qu’il en restait), dans une joie réelle mais teintée d’un certain sentiment de honte : on avait un peu l’impression de fuir !
    C’est en passant à la Skenderija que tout c’est détraqué : on était allé saluer une connaissance à l’hôpital de campagne qui était dans les sous-sols et c’est là, autour d’une bonne bière, que ce militaire, innocemment je pense, nous a raconté ce qui était arrivé à un des responsables bosniaques quelques temps auparavant : en se faisant exfiltrer par les français dans un VAB de l’armée, les tchetniks l’avaient trouvé et assassiné sous leurs yeux.
    Le lendemain matin, pour l’embarquement, on avait une tête d’enterrement. Cela devait se voir car un des jeunes gars de l’équipe nous a dit avec un grand rire : « they don ’t shoot the red cross ». Ce qu’il ne savait pas c’est que mon épouse se prénomme Mina… bien jolie prénom, mais terriblement muslim.

    P.S. : ici, contrairement à chez vous en France, il n’existe pas de délits de facies : nos femmes sont pour la plupart grandes et blondes, belles plantes aux yeux bleus. On est à cette époque en Bosnie en pleine «ethnical cleansing». Pour les hommes, il y avait un premier tri simple, on faisait baisser le pantalon ; mais quid des femmes ? Pour elles, il ne reste que le prénom. Pas plus sur comme méthode de tri, mais toujours efficace!

    * laissez-passer plus ou moins bien géré par les puissances étrangères sur place.
    **quartier proche de l’aéroport

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    1. 8 – Une histoire de fou.
      Je ne me rappelle plus le nom de cet hôpital psychiatrique au-dessus de Fojnica. Ce sont des militaires qui nous avez transmis leur demande d’aide et j’avais enfin trouvé le moyen de passer les voir : deux officiers des renseignements UN devaient descendre de Vitez à Kiseljak. De très bonne heure le lendemain matin, ils me prennent à la maison et direction Fojnica par les chemins muletiers; en fait par Busovača parce que les Croates bloquaient le checkpoint de Lasva.
      C’est à cette occasion que j’ai pu apprécier, non pas le confort, mais l’excellence technique de ce 4×4 Mercedes qui allait bientôt envahir nos villes (et nos trottoirs) après la guerre mais sous une forme civilisée. Là, on avait le le modèle blindé, très lourd mais d’une agilité extraordinaire. C’était la troisième fois en 2 semaines que le chauffeur faisait ce chemin. En arrivant de l’autre côté de la montagne, dès que la route a été dégagée, on a commencé à entendre des chocs sur la carrosserie et pour me faire comprendre l’origine du bruit, ils ont ouvert le micro extérieur : on entendait parfaitement le claquement des coups de fusil 2 secondes avant l’impact ! c’était comme à la fête foraine, du mauvais côté.
      Ils m’ont donc laissé dans cet hôpital pour la journée : ce fut un jour psychédélique. Il n’y avait personne à l’entrée et le portail était grand ouvert. Un petit bonhomme timide m’a littéralement pris par la main et amené à l’ambulanta dans une grande salle où un toubib sans âge était installé devant 2-3 m³ de MNU comme on disait pudiquement (médicaments non utilisés). Ce médecin gallois, si mes souvenirs sont bons, était complètement perdu : la pharmacologie n’était pas son fort et avec beaucoup d’ironie, vue la situation, il me dit que pour lui le meilleur rangement possible c’était par taille et par couleur…sacrés psychiatres ! En fait il était là depuis deux jours et avait vécu une horrible épreuve.
      Il me l’a racontée : les combats s’étaient rapprochés ( on entendait encore des explosions continuellement). Le personnel était réduit à quelques vieilles aides-soignantes, une infirmière et un vieux gardien. Il n’y avait plus rien à manger. Par-dessus tout, les malades étaient hyper-stressés et la situation semblait sans issue. La veille, donc, les quelques personnes présentes avaient décidé que la seule chose à faire était d’ouvrir les portes de l’établissement en espérant que les plus valides s’en sortent ! Imaginez un instant la détresse de ces professionnels pour en arriver à une telle extrémité, ils bossaient depuis des mois sans être payés, leurs familles étaient Dieu sait où, ils mangeaient un jour sur deux … À midi la veille de mon arrivée, ils ouvrent donc le portail et en fait ce n’est que 2-3 malades qui sortent. Mais ce n’est pas fini, il y avait quelques patients dangereux dans le lot, qui étaient attachés pratiquement en permanence. L’un d’entre eux, une véritable armoire à glace genre bucheron, de plus en plus énervé par les « bruits » de la guerre toute proche, aussitôt libéré, se saisit d’une hache, blesse le gardien et revient fendre en deux la tète de l’infirmière avant de s’enfuir comme une furie dans la nature.
      On a passé notre journée à bosser. Je ne sais pas si c’est la venue de ce véhicule UN blanc qui a redonné confiance à quelques-uns, mais au fil des heures plusieurs personnes du village sont venus nous donner un coup de main et quand je suis remonté dans le Mercedes, il commençait à y avoir une certaine organisation …
      J’ai su par la suite que ce toubib avait réussi à remettre en route un semblant d’établissements psychiatriques mais on était en guerre et il y eut encore beaucoup de haut et de bas.

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  6. 8 – Une histoire de fou.
    Je ne me rappelle plus le nom de cet hôpital psychiatrique au-dessus de Fojnica. Ce sont des militaires qui nous avaient transmis leur demande d’aide et j’avais enfin trouvé le moyen de passer les voir : deux officiers des renseignements UN devaient descendre de Vitez à Kiseljak. De très bonne heure le lendemain matin, ils me prennent à la maison et direction Fojnica par les chemins muletiers; en fait par Busovača parce que les Croates bloquaient le checkpoint de Lasva.
    C’est à cette occasion que j’ai pu apprécier, non pas le confort, mais l’excellence technique de ce 4×4 Mercedes qui allait bientôt envahir nos villes (et nos trottoirs) après la guerre mais sous une forme civilisée. Là, on avait le le modèle blindé, très lourd mais d’une agilité extraordinaire. C’était la troisième fois en 2 semaines que le chauffeur faisait ce chemin. En arrivant de l’autre côté de la montagne, dès que la route a été dégagée, on a commencé à entendre des chocs sur la carrosserie et pour me faire comprendre l’origine du bruit, ils ont ouvert le micro extérieur : on entendait parfaitement le claquement des coups de fusil 2 secondes avant l’impact ! c’était comme à la fête foraine, du mauvais côté.
    Ils m’ont donc laissé dans cet hôpital pour la journée : ce fut un jour psychédélique. Il n’y avait personne à l’entrée et le portail était grand ouvert. Un petit bonhomme timide m’a littéralement pris par la main et amené à l’ambulanta dans une grande salle où un toubib sans âge était installé devant 2-3 m³ de MNU comme on disait pudiquement (médicaments non utilisés). Ce médecin gallois, si mes souvenirs sont bons, était complètement perdu : la pharmacologie n’était pas son fort et avec beaucoup d’ironie, vue la situation, il me dit que pour lui le meilleur rangement possible c’était par taille et par couleur…sacrés psychiatres ! En fait il était là depuis deux jours et avait vécu une horrible épreuve.
    Il me l’a racontée : les combats s’étaient rapprochés ( on entendait encore des explosions continuellement). Le personnel était réduit à quelques vieilles aides-soignantes, une infirmière et un vieux gardien. Il n’y avait plus rien à manger. Par-dessus tout, les malades étaient hyper-stressés et la situation semblait sans issue. La veille, donc, les quelques personnes présentes avaient décidé que la seule chose à faire était d’ouvrir les portes de l’établissement en espérant que les plus valides s’en sortent ! Imaginez un instant la détresse de ces professionnels pour en arriver à une telle extrémité, ils bossaient depuis des mois sans être payés, leurs familles étaient Dieu sait où, ils mangeaient un jour sur deux … À midi la veille de mon arrivée, ils ouvrent donc le portail et en fait ce n’est que 2-3 malades qui sortent. Mais ce n’est pas fini, il y avait quelques patients dangereux dans le lot, qui étaient attachés pratiquement en permanence. L’un d’entre eux, une véritable armoire à glace genre bucheron, de plus en plus énervé par les « bruits » de la guerre toute proche, aussitôt libéré, se saisit d’une hache, blesse le gardien et revient fendre en deux la tète de l’infirmière avant de s’enfuir comme une furie dans la nature.
    On a passé notre journée à bosser. Je ne sais pas si c’est la venue de ce véhicule UN blanc qui a redonné confiance à quelques-uns, mais au fil des heures plusieurs personnes du village sont venus nous donner un coup de main et quand je suis remonté dans le Mercedes, il commençait à y avoir une certaine organisation …
    J’ai su par la suite que ce toubib avait réussi à remettre en route un semblant d’établissements psychiatriques mais on était en guerre et il y eut encore beaucoup de haut et de bas.

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  7. 9 – L’oreille cassée.
    Encore une de ces missions dont je ne saisissais pas toujours l’intérêt à court terme.
    Toujours est-il que me voilà monté en début d’aprés-midi au-dessus du cimetière juif, juste derrière la crête. Autant dire que j’ai pu « admirer » en montant le panorama et surtout comprendre pourquoi je trouvais autant de plomb sur les marches de mon bureau en dessous, devant la tour Unis. Les seules interprètes que l’on pouvait emmener avec nous de l’autre côté étaient forcément serbes, j’avais donc avec moi une grande fille sympa, qui possédait parfaitement la langue de Molière mais dont je ne connaissais même pas le prénom.
    Arrivés là-haut, nous avons été accueillis avec simplicité et sommes restés dehors car il faisait beau : nos hôtes avaient installé une grande table basse, plus ou moins à l’abri d’une rangée de petites villas, et disposé autour des chaises et un gros fauteuil en cuir ! Les serbes m’ont bien sur offert ce « trône » et la discussion a bien vite embrayé sur des sujets techniques rendus plus digestes par quelques verres de prunes. Au bout de 2 bonnes heures, tous les sujets étant épuisés, il était temps de redescendre comme convenu par le timing prévu. Au moment de partir, ma gentille interprète me dit qu’elle préférait rester, qu’elle descendrait plus tard : aucun problème pour moi, on reprend la voiture et on retourne au chaud en bas.
    J’ai appris 2-3 jours après la suite de l’histoire. Je n’ai pas revu cette fille ensuite, donc je ne peux me fier qu’à ce que m’a raconté un toubib : juste après mon départ, mon interprète s’est installée à ma place dans ce grand fauteuil si confortable; bien mal lui en a pris : 2 minutes après, elle se faisait déchirer l’oreille gauche par ce qui était vraisemblablement une balle perdue !

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